La poésie de décembre 2021

Le papé des villes

C’est un vieil ouvrier. Sa vie ce fut l’usine 
Et son domaine à lui, toutes les rues voisines.
Du soleil et de l’eau, des joies de la nature,
Il attendait l’été pour sa progéniture,

A quelques pas d’ici dans le ruisseau voisin.
C’était un jour de liesse, de rires et de bon vin,
Sa chemise entr’ouverte sur son torse velu
Et même une fois il s’était mis pieds nus.

Dans son deux pièces-cuisine où il ronge son frein
Il entend les plus jeunes s’en aller le matin.
C’était un fier luron, sérieux et très habile.
Il s’en cache bien mais se fait de la bile,

Sa retraite est bien mince, la mère fait des ménages,
Il irait bien bosser, mais qui veut de son âge.
Il voyage un peu, le soir, à la télé
Et vire toute la nuit comme tournent ses pensées.

Il descend sur la place le soir quand il fait beau
Et parle à d’autres vieux, toujours les mêmes mots.
Quand ils étaient jeunots, le service militaire,
La grève de vingt-six et la première guerre.

Parfois autour d’un pot ils tapent une belote,
Pour cent sous au tiercé ils prennent une culotte.
Est-il résigné ? Qu’espère t-il toujours ?
Et tous les jours qui passent ressemblent aux autres jours.

Les enfants sont au loin, chacun poussant sa vie,
De les voir plus souvent il en a bien envie.
Ses fils, comme il voulait, ne sont plus des « prolos ».
Dans la fonction publique, des congés à gogo.

Ils écrivent parfois de leur ville dortoir
Et passent leurs congés sur la Costa Del Mar.
Mais il languit surtout tous ses petits-enfants.
Il n’est qu’un loin papé qui s’en va doucement.

Louis Monnet

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